hystérie montréal

texte inédit écrit pour l’émission de radio Vous m’en lirez tant. c’est une chanson-poème rock, performée pendant l’émission, en direct, le dimanche 19 mars 2006 dernier, sur une musique du guitariste Francis Stephenson

cette lumière blanche
le coeur du ciel
dès l’instant
de l’éveil

malgré la mort
une ville en moi
pousse en amour
au matin
petite hystérie d’hiver
quand les peurs fondent

il faut inventer la ville
ses réverbères fluorescents
comme les doigts de montréal
sur ma nuque

paralyse l’été ensuite
fièvre étoilée
si on se prend aux îles
ou fantômes du parc
près des étangs
le temps s’arrête
le ciel explose


c’est citadin
repris sans cesse
le mouvement de vivre
à escalader les colimaçons
pour la chaleur
la douceur de vivre
tu sens le pouls
le sang de la ville

ces laideurs magnifiques
transparentes sous les pas
quand mille fois parcourue
saint-denis

montréal crisse
vitrée bleute des moments
pour nous dérober la vie
on s’y attend le moins
avec ses visions étranges
parfois aussi
ses démesures nocturnes
quand ça prend à la gorge
ne plus savoir la chaleur
dans le giron du coeur
les méandres
les rues de peurs
pluies et tremblements
d’hier soir l’automne

parfois aussi
c’est larmes montréal
triste de beauté
quand tes talons
claquent le trottoir
boulevard saint-laurent
pour demander l’entrée
aux enfers rouges
je t’y ai suivi souvent

cette ville
livre mort-né
puisé dans tes yeux
dans les miens
ceux de tous les autres
si pris à marcher
dans le printemps qui tombe
la langue cent fois retournée
dans des poèmes spontanés
qui n’auront jamais vu le jour

tu cries
fiction montréal
voleuse de blasphèmes

jusqu’à ce que tombe
la tour du Stade

ce jour-là je te le dis j’ai vu loin
su très tôt bâtir un temple
au-delà duquel on te rêvera
montréal encore
et encore dans un livre
le seul au monde
que chacun aura
déjà lu

je hurle
montréal poésie
le nez en sang l’estomac en tranches
si je me vide de ma substance
à toi ville loup-garou
aux petites rues filantes mornes
c’est que je te donne
ce qui toujours
palpite

je te donne montréal
ce que je suis devant rien
devant moi et le monde
pour construire perpétuel
l’univers à venir

alors rien ne demeure
que des pages d’un livre
la musique dérisoire
des paroles du monstre
que je deviens à chaque pas
dans tes rues d’horizons fictifs

je ne chanterai pas ta beauté
encore moins ta laideur
montréal
tu as l’hystérie du rêve
encore trop jeune
pour savoir quoi en faire

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