dans La Presse aujourd’hui…

cette semaine commencera le Marché francophone de la poésie de Montréal. pour cette occasion, moi-même, ainsi que les poètes Renée Gagnon et Dany Boudreault avons accordé une entrevue au quotidien La Presse. Je reproduis l’article ici.

Le dimanche 28 mai 2006
BANDE À PART
Rencontre avec trois jeunes poètes

Marie Claude Fortin

Du 30 mai au 4 juin 2006 se tiendra le septième Marché francophone de la poésie, un rendez-vous orchestré par la Maison de la poésie de Montréal. Nous avons profité de l’occasion pour demander à trois jeunes poètes de nous parler de leur passion.

On le sait, la poésie ne fait pas vivre son homme, ni sa femme. On n’a pas vu souvent de recueils de poésie en tête de liste des best-sellers. Pourtant, le genre continue de faire des adeptes. Des écrivains, parfois très jeunes, montent sur les planches, prêts à prendre la relève envers et contre tous. Pourquoi choisir la poésie, entre toutes formes d’écriture, à une époque où l’on confond réussite et célébrité?

Pour Renée Gagnon, qui vient de remporter le prix Émile-Nelligan 2005 avec son recueil Des fois que je tombe (Le Quartanier), on écrit de la poésie «parce que c’est la forme qui nous convient le mieux, et c’est tout. La célébrité n’est même pas un enjeu», tranche la jeune femme née en 1978.

L’enjeu, c’est de «mettre en scène la parole, de réinventer le langage, de se servir des mots comme ouvroir de l’imaginaire», comme le dit joliment Dany Boudreault, poète et comédien de 22 ans, auteur d’un premier recueil remarqué, Et j’ai entendu les vieux dragons battre sous la peau, publié aux Herbes Rouges.

La poésie, affirme quant à lui Tony Tremblay, cofondateur de la revue de poésie Exit, auteur de quatre recueils dont Rue Pétrole-Océan, prix Émile Nelligan 1998, c’est de la musique avant toute chose. «Il ne faut pas chercher à comprendre ce que l’on nous dit, mais plutôt laisser entrer le sens. Se laisser porter par la musique!»

À eux trois, Renée Gagnon, Tony Tremblay et Dany Boudreault contribuent à dépoussiérer le mythe, tenace, du poète désespéré et de la poésie hermétique.

«Les poètes sont, en général, des gens de bonne humeur, rieurs, blagueurs!, assure Tony Tremblay. C’est sûr qu’il y a des moments sombres, dans certains poèmes, tout comme il y en a dans les romans, même ceux de Marie Laberge! Dans les recueils de Patrice Desbiens, la misère humaine côtoie l’humour le plus fin, le plus intelligent, le plus ironique. C’est comme dans la vie. Mais je peux vous dire qu’en général, les poètes préfèrent la fête au malheur.»

De plus en plus d’évéments
Chez ces trois écrivains, la poésie est avant tout un art de la scène, du spectacle, de la parole incarnée. De plus en plus d’événements célébrant la poésie voient le jour. Du Métropolis bleu au Festival Voix d’Amérique, du Festival international de la poésie de Trois-Rivières à ce septième Marché francophone de la poésie, les occasions de lire leurs oeuvres sont de moins en moins rares.

«Il y a plus de gens qui m’ont vu et entendu, que de gens qui m’ont lu, croit même Tony Tremblay. Pour moi, aimer la scène, c’est essentiel pour un poète. Il faut être un peu communicateur, animateur, peut-être même un peu acteur. Quand on voit l’auteur lui-même lire son texte, même s’il n’est pas très bon lecteur, on a un contact plus intime avec le poème.»

«Moi, j’aime beaucoup les lectures publiques, ajoute Renée Gagnon. Je crois que c’est un bon moyen de rejoindre les gens, en particulier ceux qui prétendent ne pas s’intéresser à la poésie. Quand ils nous entendent, quand ils nous voient, très souvent les préjugés s’envolent.»

Chacun s’entend pour le dire, il y a des poèmes pour tous les goûts, des poètes pour tous les lecteurs. Entre la ligne claire des Paroles de Jacques Prévert et l’univers trash de Denis Vanier, il y a une infinité de choix, de couleurs, de textures.

«Il suffit de trouver le poète qui va vous ouvrir la porte», conclut Renée Gagnon.

Leur recueil fétiche

Tony Tremblay : L’homme approximatif (Gallimard), de Tristan Tzara

Dany Boudreault : L’effet de la pluie poussée par le vent sur les bâtiments (Lanctôt), de Patrice Desbiens.

Renée Gagnon: Futur, ancien, fugitif (P.O.L.), d’Olivier Cadiot.