Dans le journal Voir paru aujourd’hui

Une entrevue que j’ai accordée à Stéphane Despatie pour la parution récente d’un DVD produit par le Festival Voix d’Amériques intitulé Écrits et chuchotements – Page vs. Stage. Je reproduis l’article ici même.

Voir Montréal – 13 juillet 2006
Écrits et Chuchotements


Être en voix

Stéphane Despatie


Tony Tremblay: «Je salue cette professionnalisation de plus en plus grande des différents intervenants de la scène poétique ou du spoken word.»
photo: Marc Jutras

À la suite de la sortie du DVD Écrits et Chuchotements, nous avons rencontré le poète Tony Tremblay pour discuter des orientations d’une poésie qui embrasse autant la scène que la page.

Sous le titre qui coiffe le DVD des productions Les Filles électriques, Écrits et Chuchotements, on peut lire en sous-titre page vs stage. Est-ce à dire que le texte poétique que l’on retrouve dans un livre est incompatible avec le spectacle?Si certains le croient, ce n’est certainement pas le cas de D.Kimm, qui a décidé de regrouper, sous le volume 1 de ce qui formera une intéressante banque d’archives, des moments marquants du Festival Voix d’Amériques. Ce premier DVD présente des lectures appuyées par des musiciens, ou carrément des performances et pratiquement des créations en direct de moments alliant poésie et musique. On y retrouve des captations effectuées entre 2003 et 2005 de poètes, de performeurs et de conteurs, parmi lesquels Fortner Anderson, Jocelyn Bérubé, Nicole Brossard, Paul Chamberland, Patrice Desbiens, Michel Faubert, Ian Ferrier, Michel Garneau, Catherine Kidd, Geneviève Letarte, Norman Nawrocki, Alexis O’Hara, Marie Savard et Tony Tremblay.

Ce dernier, qui croit beaucoup à la diffusion large de la poésie (son travail à la radio et sur le Web en témoigne), est très heureux des pas que fait la scène poétique vers un professionnalisme du spectacle. «Premièrement, dit-il, il y a eu le développement réel d’une scène locale en poésie, une scène qui est très près, par son dynamisme, de

la scène musicale locale. Elle est embryonnaire en comparaison du milieu musical qui est rendu à un stade résolument plus avancé, mais la scène émergente de la poésie est en train de s'organiser dans le même sens, et ce, principalement grâce à l'arrivée de la maison de production Les Filles électriques (dirigée par D.Kimm), qui produit aussi le Festival Voix d'Amériques. Mais il faut toujours lutter pour le rayonnement de la poésie sur scène, sur disque et sur les nouvelles plateformes comme les blogues et la baladodiffusion.»

Tony Tremblay estime qu'il faut explorer toutes ces avenues, et si tout n'est pas encore concluant, il constate avec satisfaction l'amélioration technique des produits rendus autour de la poésie. D'ailleurs, si le présent DVD est inégal sur le plan des jeux de caméras, que l'ensemble manque parfois de raffinement, on peut apprécier que la caméra ne soit pas intrusive, comme l'aurait probablement provoqué la télévision. Au visionnement, nous nous retrouvons donc pratiquement au milieu d'une soirée, comme si nous étions à la Sala Rossa, avec les performeurs.

«Il y a maintenant une conscience du métier de la scène, poursuit Tony Tremblay. Il y a des conséquences professionnelles qui découlent du métier de poète et il faut que t'assumes. Je salue cette professionnalisation de plus en plus grande des différents intervenants de la scène poétique ou du spoken word.» Au sujet de ces deux différentes scènes, Tremblay estime qu'elles bénéficient largement l'une de l'autre, et que l'ensemble de la communauté de la poésie et du spectacle sort gagnant de cette cohabitation, en confrontation ou en collaboration. Il compare beaucoup la scène poétique à la scène musicale car, pour lui, la scène de la poésie et celle du spoken word sont en quelque sorte des scènes musicales: «Ça se prend différemment que lorsqu'on lit un livre, plus instinctivement, et probablement avec plus de vérité, car chez les littéraires, le lecteur a tendance à trop intellectualiser ce qu'il reçoit, alors que la poésie, c'est d'abord et avant tout de la musique. Le texte est une partition musicale et, bien sûr, la beauté de la chose est que ça ait un sens.»

Tremblay ne voit aucun danger à marier la musique à la poésie: «La poésie, c'est de la musique, et plus je fais de la scène, plus je me rends compte qu'une composition musicale réelle se crée quand il y a une véritable rencontre entre le poète et les musiciens. Les musiciens d'expérience se rendent compte très vite que si le poète n'a pas d'instrument, il a sa voix et son texte qui est une partition, et qu'il y a un phrasé à trouver. Nous sommes carrément dans un travail musical près de celui du jazz (peu importe le genre, l'approche reste jazz). Tu fais partie du band, et moi, j'écris en fonction de ça.»

La poésie sur scène peut donc influencer directement l'écriture de certains poètes: «Rock Land [son dernier recueil, qui vient tout juste de paraître aux Éditions de l'Hexagone] a été écrit tout entier en fonction de la scène. En particulier la première partie, faite pour être dite sur du rock avec un power trio.» Le présent DVD est donc l'occasion de comprendre une certaine vision de la poésie, de la scène.

Écrits et Chuchotements: page vs stage
Spoken word - Montréal.1
Productions Les Filles électriques
2006

Commentaire (1)

  1. Pat B a écrit:

    Excellent! :-)

    Est-ce qu’on me voit dans la section bloopers?

    Jeudi, 13 juillet 2006 à 15:56 #