rock land dans Le Devoir

il est minuit, c’est maintenant mon anniversaire et voilà un bien beau cadeau de fête: aujourd’hui paraît dans le quotidien Le Devoir, une critique de mon dernier livre, signée Hugues Corriveau. Je reproduis le texte ici.

Poésie québécoise
Dans le doute
Hugues Corriveau
Édition du samedi 19 et du dimanche 20 août 2006

ROCK LAND, Tony Tremblay, L’Hexagone, coll. «L’appel des mots», Montréal, 2006, 96 pages

On croirait le poète perplexe devant le pouvoir qui est dévolu à la poésie, aux mots, comme si le sens prenait l’eau, comme si son efficacité devenait précaire. «Rock land / qui es-tu donc / poète / pour savoir d’avance / la mort des jours / dans la voix des autres / les saignées d’amour / dans le vice de la langue / lorsque personne / ne croit plus aux mots?» Est-ce cette conscience du peu de poids qu’aurait maintenant la poésie qui teinte ce recueil, tout du long, d’un certain découragement, d’une certaine forme de fatigue ontologique? Tony Tremblay, dans son Rock land, cueille quelques «fleurs cardiaques échouées» parmi tous les «mots dénoués»; reste alors au lecteur à «glisser entre les poèmes pour ne pas chavirer».

Le poids de la connaissance

Il y a dans ce dense et très beau recueil une sorte d’acharnement à maintenir à flot le devoir de témoigner du vivant, du passage du temps, des sentiments. Quand tout s’érode, peut-être que seule la parole vigilante reste capable de sauvegarder la dignité. En effet, «que reste-t-il dans le coeur / une fois rendu au bout de poème / aux limites du souffle / quand les mensonges sortent des yeux», sinon le regard vif qui capte parfois l’éphémère beauté des choses ? «Aimer est peut-être / ce dont il s’agit», à savoir : aimer la palpitation du monde, mais aussi s’aimer soi-même survivant, obstinément conscient parmi «la population des dormeurs», selon le titre de la seconde partie du recueil. Est-ce que «nous tous / sommes en nous-mêmes / seuls ?», se demande-t-il devant la déconstruction qui ravage, devant le sanglant émoi de la planète. Mais il faut retenir qu’«écrire / ce n’est pas / être plus seul / que les autres / c’est le savoir / beaucoup plus fort // alors / rien d’autre à faire / [que de] rester debout / bien droit // affirmer».

Le don des mots
La terre, qui n’est pas accueillante pour le poète, reste le seul refuge, l’ultime territoire pour obstinément tenir tête à l’effondrement. Ce que nous dit Tony Tremblay, c’est qu’il lui faut parler, écrire, malgré l’exsangue ravalement, car il exige qu’on «mett[e] un terme / aux poèmes insensés / qui se répandent sans amour», comme s’il était encore possible d’espérer. Serait-ce qu’à travers le témoignage poétique, une revendication, une chose essentielle surgit de l’obscurité ambiante ? L’espoir semble plus fort que tout en ce «rock land» tenté par le mutisme. Malgré les limites qu’il se reconnaît lui-même, qui dit n’avoir «plus à offrir / que des morceaux / de poète». Mais voilà, ces restes de corps et d’êtres, ces riens de pulsions vives suffisent à dessiner un territoire, ce «land» où l’émergence de la voix reste possible.

Assumer le noir
C’est qu’il y a bel et bien «assumation» ici, conscience qu’il n’y a peut-être rien d’autre à faire que de continuer à dire le monde tel qu’il est, puisque le «rock land en souffle pur / point au bout des accords de désastre». La beauté de ce livre tient justement à son implicite acte de foi, bien que tout s’effondre. Dire et dire encore le pouvoir de résister.

Commentaires (10)

  1. Christophe a écrit:

    C’est un très bel article.
    Félicitations et bon anniversaire Tony,

    Christophe

    samedi, 19 août 2006 à 07:28 #
  2. tony tremblay a écrit:

    merci Christophe!

    samedi, 19 août 2006 à 09:51 #
  3. Selwynn a écrit:

    Salut et bonne fête Tone! J’ai lu la critique ce matin. Bien contente pour ton succès. Je trouve que Corriveau a réussi à bien illustrer ta poésie sans te classer, te catégoriser. Ça donne envie au lecteur de faire un tour à Rockland.
    Bises.Selwynn

    samedi, 19 août 2006 à 16:02 #
  4. tony tremblay a écrit:

    eille! salut! ça fait rudement plaisir de te savoir passant de temps à autre par ici. merci!

    samedi, 19 août 2006 à 16:16 #
  5. Jack a écrit:

    Après le Catellier dans Ici, très belle recension dans Le Devoir. J’adore la poésie, mais c’est nono, j’achète rarement des recueils. Je me procurerai le vôtre. Je vous suivais parfois au Trafiqueur de nuit, après Les Décrocheurs… Félicitation!

    samedi, 19 août 2006 à 19:35 #
  6. Louise Chénier a écrit:

    Bonjour Tony, André et moi espérons que le vin sera bon !

    Beau papier dans le Devoir ! Félicitations !

    Longue vie au poète !

    Louise (mère d’Anne-Marie)

    lundi, 21 août 2006 à 12:59 #
  7. tony tremblay a écrit:

    ça ne pourra être que le meilleur! merci beaucoup!

    lundi, 21 août 2006 à 13:06 #
  8. Danny Plourde a écrit:

    Hey le Tigre blanc de la scène obscur ! J’ai lu ton recueil en Corée du Sud dans ma «summer cabine» pendant la saison des pluies à me faire sucer les chevilles par des maringouins venus dl’enfer… ça m’a fait du bien d’entendre ta voix kekpart en Asie… elle m’a accompagnée comme un camarade qui fonce dans le tas pour ouvrir le chemin lorsque je me perdais entre les pieuvres et les choux chinois qu’on vend à Taepyong… une voix, ouais car de ce que je retiens de cette plaquette, c’est surtout ta voix… une voix qui s’élève au-dessus de la plénière en osant l’espoir d’un demain. Merci. (ta fête concorde avec mon retour dans la patrie… faudra boire une p’tite bouteille de soju -de la vodka de bambou- pour trinquer ça) À plus !

    jeudi, 24 août 2006 à 20:47 #
  9. tony tremblay a écrit:

    eille! salut! c’est drôle de constater que tu revenais hier soir, car justement hier soir, j’étais en studio, et je suis allé sur ton blogue en me disant que tu n’avais pas écrit souvent dans les dernières semaines et que justement je me disais que tu étais à la veille de revenir mais je ne savais pas quand, bref, j’ai eu une pensée pour toi.

    ça fait plaisir que mon recueil semble t’avoir plu. et sache que je suis partant quand tu veux pour cette vodka de bambou!

    rebienvenue dans «l’enfer» canadien, québécois, montréalais, whatever, anyway.

    jeudi, 24 août 2006 à 20:54 #
  10. Nancy a écrit:

    Bonsoir Tony

    Bonne fête en retard….Je sais, faudrais bien prendre le temps d’aller prendre une bière juste pour le plaisir de délirer. Dufour aussi aimerait bien venir i too.

    Bisou

    Nancy

    samedi, 26 août 2006 à 21:28 #