rock land sur Bleu de paille

voici un autre article signé Jean-Marie Perret sur le webzine de poésie européen Bleu de paille.

Je le reproduis ici…

Tony Tremblay et « la population des dormeurs »

Tony Tremblay publie Rock Land, à l’Hexagone

Après avoir publié plusieurs livres de poèmes en dix ans et remporté le prix Émile-Nelligan de poésie, Tony Tremblay propose ici un ensemble de pièces brèves, faites le plus souvent de vers homogènes et lapidaires. Conformément au titre, les deux thèmes y apparaissent de la roche et de la musique, parfois entrelacés ( « rock land / de la musique en tout / pour que ça porte porte / des concentrations lumineuses / dans les mains / pour l’ouverture amour / tendre filet d’eau / roche pressée ») – jusqu’à se confondre dans la danse, qui soulève alors puissamment le poème…

écumer large
s’empoussiérer lumineux
en une vaste danse
corps pierres
ce pas de force

La population des dormeurs, réunissant quelque vingt-cinq pièces, est la section la plus remarquable. Introduisant de manière abrupte le lecteur dans un univers de prestiges et de songes, dont l’arbre est comme le gardien, elle le conduit, à travers des « rencontres fortuites / tentations telluriques », jusqu’à une région plus stable et désirée, où « aimer est peut-être / ce dont il s’agit ». On est donc bien dans une sorte de rêve d’initiation, évitant le vaporeux grâce au choix d’une langue très concrète et très sûre :

entrer dans un arbre
ne plus en ressortir miroir
le ciseler
y tailler une porte
ouvrir la voie…

Sur ce chemin d’épreuve (« sans aide la nuit ouvre une brèche / pluriel j’avance / sans trace / je fraye en moi le chemin »), l’élévation du but se laisse pressentir (« c’est comme si l’obscurité / acquesçait à la lumière »).

On voit que dans ses meilleurs moments la poésie de Tony Tremblay, non seulement se reconnaît de belles ambitions, mais les réalise avec détermination et simplicité. C’est une poésie d’aujourd’hui, avec comme un souvenir d’harmonies anciennes, capable moins de rudesse que de force, et qui se fraye dans la forêt des symboles un itinéraire personnel.

Jean-Marie Perret

Tony Tremblay, Rock Land, 96 p. L’Hexagone, 2006.