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Les voisins (pensent-ils parfois à moi ?…)

toujours
les voisins du bloc de 2 et demi
crient dans la ruelle
tous
la mère le père le fils le plus vieux
celui qui se bat avec le père
à six heures du matin pour cinq piastres
ou parce qu’il a vidé le frigidaire bu toute la bière
hurlent autant les enfants qui jouent sur à peine 50 mètres
de long dans la ruelle juste sous […]

canard laquais

nous entrons dans l’obscurité
avec la candeur des condamnés
la légèreté de la proie qui s’offre
en ce monde asphyxié
respirer ne sera possible
qu’une fois totalement subjugués
absolument assujettis
parfaitement redéfinis
laquais de métaphore
à manger en accompagnement.

tonne de briques

je me retire tout privilège
je ne suis l’aveugle de personne
je n’ai jamais accepté
que la lumière ne descende plus
sur nos têtes
j’acquiesce volontiers
à l’inversion des pôles
au désastre des peaux
qui se lézardent
je ne peux que nommer le désespoir
des saisons et de l’époque

images de monstres 3

nos visages
émaciés burinés par la haine
des siècles de guerres
de tortures de peurs
à nourrir les maîtres du monde
dans la plus pure folie
de la perte de contrôle
nos mains
coupables horribles complices
exécutrices des basses besognes
pour empêcher
l’aube
nos yeux
incapables de voir
la lumière
nos bouches
muettes devant l’abject
nos regrets
inévitables

images de monstres 2

invisible
voix tremblante
tu exacerbes
ta disparition
tu n’es
plus qu’une ombre
si d’aventure
l’affrontement te fait peur
tu tomberas
***
de vous
nous exigeons une
absolue absorption
un doux flétrissement
cathode reliée
à la moëlle épinière
pour inoculer le poison

images de monstres 1

je suis la matière la lumière
l’immanente vérité planante
au dessus d’âmes lampes naufragères
je suis la misère et le triste
entre la joie et la mort
craignez mon regard
je suis toutes vos croyances
vos renoncements
tous ces soleils ratés
pendant l’enfance des yeux
je pleure l’argument
la rugueuse nécessité
l’amour et ces mains qui courent
les corps s’effritent sous leurs doigts
je suis le dernier le premier
colonisateur de […]

lettres

je t’ai envoyé tant de lettres
dont j’ai perverti le sens
pour ne pas que tu saches
tes yeux m’éclairaient alors
pour les écrire

tristesse

tant de tristesse
sans toi pour me
rappeler que
c’est ça le
bonheur

black out (sans s’en rendre compte)

je n’ai plus de sens
autrement qu’en
dehors des codes
de l’aberration
d’où je saigne
de ma langue
coupée on l’aurait
perdue sans
s’en rendre
compte en
rentrant à la
maison

heureux

ce bonheur
au bout de ce mince fil
désespoir